Voici
quelques rappels à l'usage de nos jeunes et moins
jeunes.
Chez les Waldstaetten, le goût du tir semble avoir prévalu
depuis bien plus longtemps que dans notre
Valais. Faut-il y voir un culte des ancêtres
plus poussé et les liens qui unissaient les vivants et
les morts plus forts que chez nous ? Cela expliquerait
l'ardeur belliqueuse de ces anciens Suisses si
redoutables et si redoutés sur les champs de bataille de
l'Europe. On peut rapprocher certaines coutumes de la
Suisse primitive à celles de la Grèce, coutumes souvent
organisées lors des "journées du souvenir" de certains
grands faits historiques. On impliquait déjà alors
beaucoup les jeunes garçons.
Les sociétés de tir ont toutes, cependant, un acte de
naissance un peu semblable. Certaines remontent dans la
nuit des temps, d'autres sont plus récentes. Le 16e siècle
nous apporte quand même beaucoup d'enseignement.
Les anciennes congrégations de tireurs (ancêtres de nos
sociétés de tir) ont fait naître les grands tirs cantonaux
et fédéraux, bien que les manifestations locales ne se
comptaient plus : Tir dans l'Entlebuch lucernois chaque 3
ans, le Knabenschiessen de la Ville de Zurich chaque année
en septembre, les Tirs commémoratifs du Rütli, du
Morgarten, de Finges ...Tirs d' Abbayes, plus proches de chez nous en Suisse
francophone...
En Europe, la France, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne
avaient toujours leurs armées en mouvement et leurs princes
étaient engagés dans de perpétuelles querelles.
Donc, à chaque instant, les territoires de notre pays
étaient menacés de violation; des événements imprévus et de
graves difficultés pouvaient surgir à tout moment.
La Diète de décembre 1546 ordonna à chaque
citoyen d'avoir son équipement militaire au complet afin
de parer à une attaque toujours possible. Lors des
revues effectuées dans chaque dizain, les soldats qui
n'étaient pas prêts devaient payer une amende de trois
livres mauriçoises au juge du lieu. En outre, les
circonstances du moment s'avérant plutôt critiques, les
membres de la Diète prièrent les juges d'inviter les
étrangers à se retirer lors des assemblées communales.
Les délibérations devaient absolument rester secrètes.
Les Valaisans, quant à eux, se tenaient prêts à la
contre-attaque pour d'autres motifs peut-être. Toujours
est-il que leurs préparatifs favorisèrent la réponse
qu'ils donnèrent aux Treize Cantons en 1548. Le Valais résolut de former un
bataillon de 420 hommes d'élite; Pierre Magschen, de
Rarogne, en fut nommé chef. L'organisation de ce corps
se présentait comme suit : chaque dizain devait fournir
60 hommes; 6 étaient équipés d'armures, six autres de
bons fusils. Le reste de l'effectif était muni de
hallebardes. De plus, les bagages étaient transportés à
dos de cheval. La solde mensuelle était fixée d'avance :
capitaine, 16 écus bons; sous-officiers, 7 écus; autres
gradés, 6 écus; soldats, 4 écus.
L'Etat pouvait ordonner au bataillon d'intervenir à
n'importe quel moment. Chaque dizain devait munir
les mousquets de support et fournir la munition
indispensable.
L'invention de l'arme à feu avait promptement suivi celle
de la poudre. La première arme à feu fut donc le canon qui,
par des réductions successives, arriva à l'état
d'arquebuse; ce fut le fusil primitif.
En 1524, on ne se servait encore que de l'arquebuse dans
les armées; le fusil ne fut introduit que vers le début du
17e. siècle. C'est donc de l'arquebuse et non du fusil que
la Diète valaisanne parle, lorsqu'en 1548, elle ordonna à
chaque dizain de fournir six hommes armés de bons fusils.
On peut parler dès lors des sociétés de cible qui
existaient dans la plupart des communes du canton et en
Suisse.
Comme le Valais avait dû, plusieurs fois, marcher au
secours de ses Confédérés, occuper le Chablais en 1536, veiller
à la garde quasi permanente de ses frontières, les
citoyens, aidés par l'Etat, durent s'initier au
maniement des armes à feu.
C'est dans ce but qu' en 1547, la Diète ordonna un tir
annuel de trois jours qui aurait lieu dans chaque dizain. A
cet effet, l'Etat allouait à chaque dizain six écus bons
qu'il prélevait, tous les ans, sur la pension de 3000
francs qu'il recevait de la France. Si un dizain
n'organisait pas ce tir, appelé tir national, l'argent
était distribué aux autres dizains, en augmentation de leur
part. Effectivement, durant les premières années, certains
dizains n'effectuèrent pas les tirs en question. A la Diète
du mois d'avril 1550, par exemple, les députés de Sion,
Loèche, Rarogne, Viège, Brigue et Conches portèrent plainte
contre Sierre qui avait négligé d'obéir et auquel on
retrancha, pour les deux années écoulées, les six écus qui
lui étaient alloués. L'année suivante, pour éviter la
négligence et les retards, l'autorité supérieure fixa les
jours où ces tirs devaient commencer.